Les entretiens préliminaires sont-ils nécessaires ?

LES ENTRETİENTS PRELİMİNAİRES SONT-İLS NECESSAİRES ?

Ceren Korulsan

2 juin 2019

Lacan dans son séminaire intitulé « Le savoir du psychanalyste » indique qu’il n’y a pas d’entrée possible dans l’analyse sans les entretiens préliminaires. Je cite : “Chacun sait- beaucoup l’ignorent- l’insistance que je mets auprès de ceux qui me demandent des conseils sur les entretiens préliminaires dans l’analyse. Ça a une fonction, bien sûr, pour l’analyse essentielle. Il n’y a pas d’entrée possible dans l’analyse sans les entretiens préliminaires. »

Mais que veut dire entretient préliminaire ? Ne faut-il pas comprendre la nature de ces entretiens ? S’agit-il de technique ou de moment d’évaluation ? Si c’est un moment d’évaluation que s’agit-il alors d’évaluer ? Si on répond que c’est une évaluation de diagnostic, on rapproche au modèle médical. Par contre si on répond cette question en disant que c’est une évaluation diagnostique de structure, serait-il vraiment suffisant ? D’autre part, lorsqu’on parle d’évaluation, parle-t-on que d’un travail uniquement du côté du futur analysant ? Il est crucial dans la pratique de la psychanalyse comment nous entendons une personne et dans quelle mesure cette personne entend elle-même ce qu’elle dit. 

Freud aborde ce sujet dans différents textes et nuance ce propos dans son article “Conseils aux médecins sur le traitement analytique” disant que l’analyste procède sans s’être préalablement tracé de plan, se laisse surprendre par tout fait inattendu” et “ évite toute idée préconçue”. Il propose aussi « une période d’essai » en faisant comme si l’analyse avait commencé pour voir si c’est possible. Dans cette période, la fonction de l’analyste est d’écouter et d’entendre les paroles adressées. Ce qui me parait important dans ce premier temps est d’entendre ce qui a déterminé le sujet à s’adresser à l’analyste à ce moment précis de sa vie et de son histoire. Si l’analyste se limite de poser indication ou contre-indication pour avoir la maitrise de la situation, son écoute ne serait pas orientée essentiellement par l’inconscient du sujet. Alors les entretiens préliminaires sont un acheminement vers la parole, un processus d’ouverture vers une parole pleine et donnent la possibilité pour le sujet d’entendre un peu différemment ce que lui-même dit. Puis que le procédé analytique va contre le refoulement, il provoque l’accès à la libération pour l’analysant. Par conséquent la parole en analyse est liée à la présence de l’analyste parce que la parole est déterminée par le transfert.

Il est donc important de ne pas précipiter l’entrée en analyse. Si cela se produit, il ne causera que la fermeture de la parole de l’analysant. Alors qu’est-ce qui marque une étape pour que le patient puisse s’allonger au divan ? Est-ce qu’il est vraiment discernable ? Ou bien pourrait-on l’envisager a l’après-coup ? 

Pour qu’une analyse puisse commencer, il est nécessaire qu’au cours des entretiens préliminaires un renversement dialectique se soit opéré pour reprendre l’expression de Lacan parlant de Dora. Si tel n’est pas le cas, les entretiens ont à se poursuivre.

Marie Cardinal entame le récit de son analyse dans son livre « Les mots pour le dire ». Elle souffrait d’une métrorragie sans arrêt. Elle avait consulté plusieurs gynécologues de Paris. Après avoir obtenu aucun résultat, elle décide de demander un rendez-vous chez un analyste. Elle commence par raconter sa métrorragie en insistant sur les détails. L’analyste la stoppe tout de suite : « Parlez-moi d’autre chose. » Ainsi l’hémorragie s’arrête net. Ce « parlez-moi d’autre chose » sera le commencement d’un processus bénéfique qu’elle définira ainsi : « Je suis née avec la psychanalyse, je n’existais pas avant ».

Il existe des moments essentiels dans la vie de l’analysant qui se réalisent parfois plusieurs années avant la rencontre avec un analyste et qui ne sont pas nécessairement toujours à la conscience de l’analysant mais il s’agit aussi des moments précis qu’on peut repérer. C’est pour cette raison aller parler à quelqu’un devient impératif. Ainsi ces moments vont pouvoir se réarticuler, se renouer avec un initium,un moment d’entrée en analyse.

C’est assez fréquent que quel qu’un vient voir un analyste en disant qu’il a son numéro de téléphone depuis longtemps dans sa poche et qu’il ne l’a jamais utilisé. C’est un moment essentiel qui permettra à envisager le transfert à la parole et qui s’articulera avec le moment d’entrée en analyse. Parmi les articles dans « La technique psychanalytique » de Freud, il y en a un intitulé “Le début du traitement” où il mentionne son habitude de prendre le patient provisoirement, pour une période d’une ou deux semaines, qu’il appelle « expérience préliminaire » ou « période d’essai ». La raison pour laquelle il a utilisé ce “expérience préliminaire” est la suivante : “Si l’on s’interrompt pendant cette période, on épargne au patient l’impression pénible d’une tentative de guérison qui a échoué”. Il n’explique pas pourquoi le traitement pourrait échouer. Cependant, comme nous le verrons plus loin, la poursuite du traitement dépend du transfert.

Dans ce même article, Freud affirme que l’objectif premier de l’analyste est de lier le patient à son traitement et non à l’analyste lui-même, en tant que personne. Il est très clair sur une autre de ses tâches : le diagnostic, et en particulier le diagnostic différentiel entre névrose et psychose. Freud dans « La technique psychanalytique » donne un certain nombre de règles, d’indications concernant l’entrée dans la cure. Il limite le dispositif psychanalytique aux névrosés. Par contre Lacan ne restreint jamais la cure a la névrose. Il propose même « de ne pas reculer devant la psychose ».

L’expression “entretiens préliminaires” de Lacan correspond au “période d’essai” de Freud. L’expression indique qu’il existe un seuil, une entrée dans l’analyse qui n’est pas la même chose que l’entrée au bureau de l’analyste. Comme l’expression “expérience préliminaire” suggère, il s’agit d’un changement déterminant un avant et un après.  Ce changement correspond dans notre cas au passage au discours analytique. Même si dans le pratique, il n’est pas toujours facile de différencier ce virage et même si cette période doit se conformer aux règles de la psychanalyse, période d’essai n’est pas la même chose avec une analyse.

L’association libre est la règle fondamentale pour l’expérience préliminaire et l’analyse parce que tous les deux s’appuient sur la parole. L’évaluation de l’analyste sur le diagnostic servira à décider d’accepter ou non la demande d’analyse. Cette période de diagnostic rend le traitement préliminaire différent de l’analyse. C’est l’acte de l’analyste transformera les entretiens préliminaires en analyse. Cette période permet à l’analysant pour la formulation de sa demande et la production du symptôme analytique. L’annonce de l’analyste a l’analysant qu’il est le temps de s’allonger sur le divan sera un tournant déterminant parce que l’analyste affirme via cet acte a son patient qu’il l’accepte pour analyse.

Freud dans son article « Le début du traitement » indique que quiconque espère apprendre le noble jeu d’échecs des livres découvrira bientôt que seules les ouvertures et les jeux finaux permettent une présentation systématique et qu’il existe une variété infinie de mouvements possibles. La seule moyenne de combler cette lacune dans l’enseignement est une étude diligente avec ses maitres. D’après Freud la règle qui peut être établie pour la pratique du traitement psychanalytique est soumise à des limitations similaires.

Le symptôme analytique,

On ne peut pas dire qu’il est suffisant de demander une séance pour commencer à l’analyse.

Cela ne peut ni réaliser par un contrat ou une entente. La demande de se débarrasser d’un symptôme peut constituer le premier pas pour la formation d’une demande. Ce qui est crucial est la transformation des plaintes en un symptôme analytique que l’analysant adresse à l’analyste.  Cela permettra au sujet de transformer son symptôme comme réponse à un symptôme comme question qui lui incite à déchiffrer.  Ce symptôme comme question inclut la dimension du désir dans le travail psychanalytique.

La dette de “l’Homme aux rats”, par exemple, se présente comme un symptôme qui vient comme une réponse au sujet lorsque la jouissance émerge en entendant l’histoire de la punition racontée par le capitaine cruel. C’est sur ce facteur que se pose toute la question de la dette et de l’impossibilité de la payer.

La constitution du symptôme analytique est liée au transfert qui fait apparaitre le sujet supposé savoir. Grace au transfert, le symptôme devient une énigme, l’expression de sa division. Par conséquent, nous pouvons admettre que l’analyste fait partie de l’inconscient de l’analysant. L’analysant se tourne vers l’analyste avec une question : Qu’est-ce que cela signifie ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela nécessite une supposition au côté de l’analysant. Il faut que l’analysant suppose le savoir de l’analyste sur la vérité de son symptôme. Lors des entretiens préliminaires, il s’agit donc de provoquer l’hystérisation du sujet, l’hystérique étant le nom donné au sujet divisé.

Le diagnostic et la structure,

La structure détient un rapport tout à fait spécial avec le signifiant qui depuis Freud marque la spécificité du travail. La structure ordonne l’ensemble des effets produits par le langage.

La question d’un diagnostic différentiel en psychanalyse est différente du diagnostic de la médecine mais il sert à orienter l’analyse et il est en relation avec les questions fondamentales du sujet, de son désir et de sa jouissance. 

La question du diagnostic en psychanalyse révèle d’un effet du transfert. Un diagnostic structural n’est pas différé du travail normal de la cure, c’est-à-dire sa direction. Diriger une cure en tenant compte de la structure du sujet veut dire savoir ce qui se passe dans le transfert, savoir reconnaitre la position dans laquelle le dire de l’analysant met l’analyste. Ce n’est pas l’observation des troubles du patient comme dans la pratique de la psychiatrie. Ce n’est pas l’analyse du comportement d’une certaine psychologie. Ce n’est pas non plus une technique empathique.

Freud dans « Nouvelles conférence d’introduction à la psychanalyse » (30 Emme conférence) utilise une métaphore du cristal : « Si nous jetons un cristal par terre, il se brise mais pas n’importe comment, il se casse suivant ses directions de clivage en des morceaux dont la délimitation, bien qu’invisible, était cependant déterminée à l’avance par la structure du cristal. Des structures fêlées et fissurées de ce genre, c’est aussi ce que sont les malades mentaux. » La structure a l’origine de la cassure, autrement dit, le cristal se brise selon les lignes des failles qui le structurent. Ce qui définit bien la relation de la structure avec le réel.

Ce que Lacan appelle structure est le signifiant qui inscrit au niveau inconscient. Cet écriture manifeste à travers ses formations comme le symptôme, le rêve, le mot d’esprit, l’acte manqué. Il faut aussi ajouter que le sujet est l’effet de la logique structurante signifiante. Pour cette raison, les notions de sujet et de structure sont indissociables. Si ce n’était pas le cas, une analyse ne pourrait rien changer. Bien que le sujet ne puisse pas modifier sa structure, il peut changer sa position face à son fantasme.

Névrose, psychose et perversion sont les structures cliniques selon Lacan. Chaque structure a des mécanismes de défense et d’organisation propre par rapport à Œdipe et la castration : refoulement pour la névrose (Verdrängung) le déni pour la perversion (Verleugung), forclusion pour la psychose (Verwerfung). Les deux premiers mécanismes conservent les traces impliquant l’admission d’Œdipe dans le symbolique, ce qui ne se produit pas dans la forclusion.

Quand même il ne suffit pas voir la manifestation d’un délire pour considérer un sujet psychotique parce que le même symptôme peut apparaitre dans différentes structures. Inversement on ne peut pas exclure un diagnostic de psychose lorsqu’il n’y a pas de déclenchement évident. C’est pour cela structure n’est pas synonyme de catégorie, ni de syndrome, ni de classification.

Comment ce diagnostic différentiel se manifeste-t-il dans la pratique ? Nous avons l’exemple de l’homme aux rats qui disait à Freud que « s’il voit une femme nue, son père doit mourir”. Le refoulement de la représentation de son désir, que son père meurt, revient dans le symbolique, sous la forme du symptôme : la pensée obsessionnelle exprimée dans cette phrase indique sa structure œdipienne parce que l’interdiction de voir une femme nue est liée à son père. Le symptôme fournit ainsi un accès à l’organisation du symbolique qui représente le sujet. 

Dans la perversion, la castration est admise dans le symbolique avec un refus concomitant, un déni. Ce mécanisme se produit par rapport au sexe féminin : l’inscription de l’absence de pénis de la femme et donc de la différence entre les sexes. Le retour de ce type particulier de refus se cristallise dans le fétiche. 

Je ferai quelques rappels à propos du texte intitulé « Le fétichisme » de Freud de 1917. Freud indique que le cas le plus remarquable était celui d’un jeune homme qui avait érigé comme condition de fétiche un certain « brillant sur le nez », « Glanz auf der nase » en allemand. Freud nous indique que le fétiche dont l’origine se trouvait dans la prime enfance ne devrait pas être compris en allemand mais en anglais. Ce sujet est passé du regard sur l’organe sexuel féminin au regard sur le nez par un glissement métonymique. Il a ensuite transformé le regard en brillant sur le nez également par métonymie. L’analyse a révélé un jeu translinguistique de mots qui a permis de comprendre le lien. Il y a un voisinage homophonique translinguistique entre le Glanze allemand et le Glance anglais qui veut dire regard.  Ainsi le brillant sur le nez est la condition de son désir. 

Freud définit chez le pervers l’exclusion d’une représentation singulière, celle du défaut de pénis de la mère. Il est clair que le déni  est diffèrent du refoulement parce qu’il détermine le rejet d’un savoir à propos du manque du pénis de la mère. Pour la traduction de Verleugnung Lacan propose le désaveu puis le démenti qui lui est apparu comme le terme restituant le mieux le sens freudien.

L’intérêt d’une analyse est de repérer dans l’enfance la conjoncture qui détermine une névrose ou d’une perversion la manière dont s’est présentifié pour le sujet ce qu’on appelle le désir de l’Autre. Le doute est une caractéristique du névrosé, car il dénote la division du sujet. Par contre dans la psychose, il existe une certitude. Pour le psychotique, le monde commence à prendre une signification. Les choses sont très sérieuses et la certitude délirante du sujet psychotique lui inquiète. Lacan traduit Verwerfung par le terme forclusion et il nous indique qu’il doit y avoir préalablement quelque chose qui manque dans la relation au signifiant. Ce qui manque est le Nom-du-Père, le signifiant qui organise le symbolique pour le sujet, le signifiant qui donne support a la loi.  La question « qu’est-ce que ça veut dire ? » trouve sa réponse chez le psychotique : ça veut dire que l’Autre me veut cela ou cela. La certitude comble l’énigme. La certitude est comme un bouchon pour le psychotique qui se trouve au bord d’un trou dans le symbolique. Les sujets psychotiques peuvent évidemment hésiter mais l’hésitation n’est pas le doute.

Freud dans « Le début du traitement » indique que « la période probatoire fixée à quelque semaine a aussi par ailleurs une motivation diagnostique ».  Je cite : «  Assez souvent, quand on se trouve en présence d’une névrose avec symptômes hystériques ou symptômes de contraintes, non excessivement marquée et existant depuis peu, donc précisément en présence de ces formes que l’on considérait volontiers comme favorables au traitement, on doit laisser place au doute et se demander si le cas ne correspond pas à un stade préliminaire de ce que l’on appelle dementia praecox (schizophrénie selon Bleuer, paraphrénie selon ma proposition) et s’il ne va pas offrir, après un temps plus ou moins long, un tableau prononcé de cette affection. » Freud ajoute que l’erreur de diagnostic pour le psychanalyste est plus fatale que pour le psychiatre et c’est pourquoi l’analyste a des motifs particulièrement sérieux d’éviter l’erreur diagnostic. Le traitement probatoire de quelque semaine ne suffira pas toujours d’éliminer tous les soupçons et de former « une décision assurée ». Mais « ce n’est là qu’une bonne précaution de plus ». Freud continue en abordant les propos importants sur le transfert. C’est cela que reprend Lacan quand il évoque la direction de la cure. Le psychanalyste dirige la cure, non pas le patient. Diriger la cure, c’est poser la directive du traitement par rapport au désir inconscient du patient. 

Mon dernier propos sera le transfert et son maniement.  Freud a commencé à travailler avec les patients hystériques qui lui a permis de découvrir l’inconscient. Puis que le transfert est la mise en acte de la réalité inconsciente, Freud a inventé le dispositif analytique en tenant compte du transfert. 

Si un sujet cherche uniquement à être soulagé de ses symptômes, il n’ira pas surement voir un analyste. Pour qu’il ait une demande d’analyse, il faut la souffrance, le questionnement et un appel au savoir en rapport avec un sujet supposé savoir. Le transfert n’est donc pas une fonction de l’analyste, mais il est une fonction de l’analysant. L’analyste a pour fonction de savoir comment le maintenir. Il faut que l’analysant suppose qu’un savoir lui échappe et qu’il impute à l’Autre. 

Les entretiens préliminaires visent donc, aussi à s’assurer du transfert et de son ancrage.

Conclusion,

J’ai commencé ma présentation avec une citation de Freud qui comparait l’analyse avec le jeu d’échec.  Freud et Lacan évoque le début et la fin de l’analyse comme deux moments clefs, moments qui permettent de révéler les temps logiques d’une cure. Les entretiens préliminaires ne garantissent pas le passage à l’analyse. Lacan dans la « Conférence de Genève sur le symptôme » indique que « dans l’analyse, c’est la personne qui vient vraiment former une demande d’analyse, qui travaille. A condition que vous ne l’ayez pas mise tout de suite sur le divan auquel cas c’est foutu. Il est indispensable que cette demande ait vraiment pris forme avant que vous la fassiez étendre. » Il faut souligner qu’il ne convient pas d’allonger trop vite l’analysant car la demande met du temps pour prendre forme. 

Je termine ma présentation avec une question : Si les entretiens préliminaires ne conduisent pas à l’analyse, de quoi va-t-il s’agir ? 

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